La démocratie en Afrique lusophone


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Coulibaly Kessé, volontaire chez IMANI Francophone dresse un aperçu de la culture politique dans les pays lusophones d’Afrique de l’Ouest, le Cap-Vert et la Guinée-Bissau en particulier . Il conclut en proposant quelques pistes de recommandations.


 Par Coulibaly Kessé | IMANI Francophone 


Le  Cap-Vert 

L’approfondissement et la consolidation de la démocratie sont des faits dans certains pays de la région, notamment le Cap-Vert. Cette ancienne colonie portugaise située au large du Sénégal, devenue indépendante en 1974, et séparée de la Guinée-Bissau suite au coup d’Etat militaire du 14 Novembre 1980, est citée aujourd’hui comme un modèle de démocratie dans la région, voire sur le continent. Avec une démocratie dynamique et résolument engagée sur la voie du progrès, cet archipel d’un peu plus de 500.000 habitants est un des rares pays du continent qui peut se vanter d’avoir une démocratie fonctionnelle. Il est le premier pays de la région à suivre la vague de démocratisation qu’a connue la région au début des années 90, avant d’être suivi par le Bénin. A en croire l’Economist Intelligence Unit, un bureau d’études basé à Londres, ce pays lusophone est une référence démocratique sur le continent. Il apparait d’ailleurs dans le dernier index de ce bureau d’études sur la démocratie en Afrique, basé sur cinq critères, à savoir les processus électoraux, le fonctionnement du gouvernement, la participation, la culture politique et les libertés publiques, avec quatre autres pays de l’Afrique australe : l’Afrique du Sud, l’île Maurice, le Botswana, et la Namibie.

Depuis l’avènement du multipartisme en 1991, le pays a tenu cinq élections présidentielles et législatives libres et transparentes, ce qui a permis d’améliorer sa crédibilité sur la scène internationale. La dernière élection présidentielle de 2011, qui a vu  la victoire du candidat du parti MPD, Jorge Carlos Fonseca, a été la confirmation du caractère exemplaire de cette démocratie ouest-africaine.

Le Cap-Vert est également un exemple de bonne gouvernance dans la région ouest-africaine. Dans l’indice Mo Ibrahim 2011 de la bonne gouvernance, le pays est classé en tête de liste de la région, et n’est devancé que de peu par l’île Maurice sur le continent. Pour la plupart des indicateurs dans le monde, son indice dépasse même celui de l’île Maurice. En termes de lutte contre la corruption, le pays a aussi beaucoup fait. Dans le dernier indice de Transparency International, il arrive en seconde place sur le continent derrière le Botswana. Quant à la liberté de la presse, le pays  a une des presses  les plus libres au monde, et un environnement médiatique exempt de toutes pressions politiques. L’Etat de droit y est reconnu pleinement, et les droits de l’homme sont respectés. L’investissement massif dans le capital humain est aussi une priorité absolue pour les autorités politiques. Ce qui fait de l’archipel un des champions du continent en matière de développement humain. Il a d’ailleurs un des taux d’alphabétisation du continent avec 84,9%. Une part conséquente des ressources publiques est attribuée à la santé, soit 10,1%. Par conséquent, l’espérance de vie est de 71,3 ans, ce qui est largement supérieure à celle de la plupart des pays de la région.

La réussite du Cap-Vert est en grande partie attribuable à la stabilité politique qu’il connait depuis deux décennies, ses institutions saines, et sa bonne gouvernance qui sont des conditions sine qua non pour la création d’un environnement favorable à une croissance économique durable et la lutte contre la pauvreté.

La démocratie Bissau-Guinéenne  

Contrairement à son voisin, le Cap-Vert, cet autre petit pays lusophone de la région d’une population de plus de 1,7 millions d’habitants est aujourd’hui un des « pays moins avancés ». Depuis son indépendance en 1974, le pays n’a presque pas connu de stabilité politique. La guerre civile de 1998-1999, qui a fait des milliers de morts, a détruit une partie importante des infrastructures, et a réduit le revenu national de 28% pour la seule année 1998. Au cours de la seule décennie 2001-2011, plusieurs évènements caractérisant cette instabilité politique ont été enregistrés : la destitution d’un des Présidents élus par les militaires, et l’assassinat d’un autre dans sa propre résidence, neuf(9) premiers Ministres et treize(13) Ministres de l’Economie et des Finances, l’assassinat de deux(2) chefs d’Etat-major généraux des forces armées, la destitution et l’emprisonnement d’un troisième. Cette instabilité politique est en grande partie imputable à l’interférence des militaires dans le processus politique. Les autorités politiques n’ont jamais pu contrôler de façon effective les forces de sécurité, les réseaux de trafic de stupéfiants et le crime organisé dans le pays.

Ces différents facteurs sus mentionnés entravent sérieusement le développement, fragilisent les institutions de l’Etat, et ne permettent pas d’avoir une gouvernance satisfaisante. Le pays demeure aujourd’hui parmi les pays les plus pauvres au monde. Sa performance est inférieure à celle de bon nombre de pays de la région. On estime que 13% de la population vit avec moins d’un dollar par jour, et 24,5% avec moins de deux dollars par jour. La malnutrition atteint 48,1% de la population selon les derniers chiffres disponibles. Selon le dernier indice de perception de la corruption publié par Transparency International, la Guinée-Bissau est parmi les moins performants au monde, avec une note de 1,9/10. La priorité ayant dû être donnée à la gouvernance politique, administrative et sécuritaire, l’Etat ne peut que consacrer une faible partie de son budget à la santé et à l’éducation. En matière de santé, elle est également loin d’atteindre les objectifs du PAB et des OMD. L’espérance de vie est parmi les plus faibles du continent, avec 47,4 ans. En termes d’éducation, le pays a aussi beaucoup à faire. Avec des infrastructures médiocres, l’absence de supports d’apprentissage et de manuels didactiques, et le manque de formation du personnel de l’éducation, la qualité de l’enseignement dispensé est très faible. Le taux de chômage parmi les jeunes de 15-24 ans est important, avec près d’un jeune sur deux en chômage.

La Guinée-Bissau, en dépit de son potentiel de ressources naturelles important, n’a pu réaliser que des progrès très limités, notamment sur le plan économique et social, à cause d’une instabilité politique presque continue. Il reste parmi les pays les moins performants sur le continent, et fait toujours face à une extrême pauvreté. La stabilité politique, l’Etat de droit, la lutte contre le trafic de drogues et le crime organisé sur l’archipel doivent être les priorités des autorités politiques. Ce sont des conditions sine qua non pour une sortie de cette situation, et pour la création d’un environnement favorable à la croissance économique, et la réduction de la pauvreté.

Recommandations pour un meilleur climat démocratique favorable à un développement durable du continent

  • Dans plusieurs Etats africains, les Constitutions démocratiquement adoptées sont souvent modifiées pour se maintenir au pouvoir, conduisant à des crises politiques ou à des conflits armés qui ont des conséquences sur les populations. La première règle à suivre pour les politiques doit être le respect strict et total de la Constitution. Elle ne doit être modifiée que dans le cadre des dispositions prévues.
  • Le recours à la violence ou à l’arbitraire comme mode d’accès et d’exercice du pouvoir doit être condamné. La négociation, la concertation, et la recherche consensuelle de compromis au bénéfice du plus grand nombre doivent être privilégiées pour la consolidation et l’enracinement de la démocratie, et la résolution des conflits.
  • L’armée doit rester en dehors de tout processus politique. Tout militaire souhaitant faire la politique doit quitter l’armée.
  • Pour enraciner les valeurs universelles de la démocratie, il est nécessaire de revaloriser nos langues nationales comme vecteur principal de communication compte tenu des contextes socioculturels et le taux d’alphabétisation du continent.
  • Pour des élections transparentes et régulières, des organismes crédibles et impartiaux doivent être mis en place par l’ensemble des parties prenantes.
  • Enfin le dialogue doit être renforcé entre les trois catégories d’acteurs, à savoir les partis politiques, les médias, et la société civile, tant au niveau régional que national dans chaque pays du continent.

                                                                     

Coulibaly Kessé est volontairechez  IMANI Francophone.

Cet article a été publié par le Programme pour la Bonne Gouvernance en Afrique (PBGA) dans le cadre du Programme de Volontariat d’IMANI Francophone (PVIF). Pour plus d’informations, contactez-nous à l’adresse électronique info@imanifrancophone.org

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